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Frédéric Laloux
24 Jun 2016
Avant de répondre, le mot observation donnera une impression plus juste de ma réponse que corrélation, car ma réponse n’a aucune prétention d’être scientifique ou basée sur un échantillon très large.
Ceci étant dit, la réponse est… non. Ni corrélation positive ni négative, mais un certain nombre de phénomènes malgré tout.
   - Il y a dans les organisations à culture numérique (dans mon expérience souvent plutôt jeunes, petites, souvent avec un caractère créatif ou sociétal) une volonté de remettre en question les structures existantes, surtout celles qui sont perçues comme bureaucratiques, hiérarchiques et lentes. Il y a donc là une prédisposition à être ouvert à l’auto-gouvernance, sans aucun doute. Elle fait moins peur que dans des organisations plus classiques. L’expérience personnelle de l’agile dans des équipes projets est notamment un driver puissant pour se poser la question: mais pourquoi on n’arriverait pas à faire ça pour toute l’organisation?
   - A l’inverse, j’ai plutôt remarqué que pas mal de structures avec une culture numérique sont loin de l’aspect plénitude (wholeness). Souvent ce n’est même pas sur leur écran radar. C’est peut-être simplement lié à l’âge. Je suis souvent surpris de rencontrer des personnes très jeunes (dans la vingtaine) qui ont déjà une maturité incroyable, une manière d’oser être pleinement eux-mêmes, de se révéler de manière authentique, mais ce n’est pas quelque chose qu’on apprend à l’école. C’est souvent par les hasards de la vie, parfois par les accidents de la vie, qu’on rencontre des personnes ou des groupes où l’on goûte pour la première fois ce que c’est ce niveau d’authenticité profond en groupe, et j’ai l’impression que c’est souvent vers les 30, voire plutôt 40 ans que beaucoup de personnes rentrent pour la première fois là-dedans. Il existe dans ce que j’ai pu observer dans les cultures numériques plutôt une culture nerd avec une acception géniale des différences, des côtés uniques et 'a little weird' comme dirait Zappos, mais pas une habitude d’aller vraiment vers l’essentiel.
   - Au niveau raison d’être, je perçois tout un spectre dans les organisations à culture numérique. Il y en a de nombreuses qui sont encore à fond dans le paradigme “orange” de la réussite et dans la foi dans le progrès, que la techno va nous sauver des monstres engendrés par la croyance dans la techno. Et il y a aussi toutes celles qui construisent le monde de demain en étant claires que cela implique non seulement d’autres technologies, mais d’autres manières d’être, de consommer…
Je me rends compte que je fais des généralisations en parlant des organisations à culture numérique, que je ne connais d’ailleurs pas si bien. Mais bon, la question invite à des généralisations, et voilà donc ce que je perçois pour le moment dans ce domaine.